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Bulletin des Amis de l'orgue de Québec | ||
No. 46 - Mars 1988 |
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| Éditorial
Chers Amis de l'orgue, Dans cette parution, notre fidèle collaboratrice, Michelle Quintal, présente Louis Dubé, figure attachante du monde de l'orgue en Mauricie et Marcel Bertrand décrit la restauration de l'orgue de la basilique Sainte-Anne-de-Beaupré. Bonne lecture et à bientôt.Noëlla Genest |
Dans ce bulletin:
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| La légende de l'organiste Louis Dubé par Michelle Quintal |
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Louis Dubé est né le 31 juillet 1921 à Ste-Perpétue de l'Islet, village qu'il nous décrit ainsi: «Hauts de Hurle-vents, situé à 1800 pieds au-dessus du niveau de la mer, où il vente 365 jours par année». Il est le 16e enfant d'une famille qui en comptait 19. Très jeune, vers l'âge de 4 ou 5 ans, la présence d'un harmonium à l'hôtel tenu par son père l'éveille à la musique. Tous les dimanches soirs, des musiciens venaient jouer du violon, de la musique à bouche et de l'harmonium. Louis était déjà couché mais il entendait cette musique et se disait: «un jour, je ferai comme eux». Sa soeur Marie touchait elle-même l'harmonium de l'église Ste-Perpétue de l'Islet pour un salaire mensuel de 3$. Ayant contracté une forte grippe, un certain dimanche matin, elle ne put aller jouer. Louis offrit alors à la religieuse responsable de la musique à l'église, Soeur St-Philippe-de-Néri, de remplacer sa soeur. «Je l'avais tellement entendue répéter ses accompagnements à la maison que je les savais par coeur». Soeur St-Philippe-de-Néri a sûrement été favorablement impressionnée par cette exécution parce que «dès le lendemain, elle fit venir ma mère au couvent, l'assura que j'avais un grand talent et décida, subito presto, que je devenais l'organiste du lieu. C'est ainsi, qu'en 1936, ma soeur Marie perdit son emploi: époque heureuse où les messieurs avaient l'avantage sur les dames...» commente Louis Dubé. Sous la tutelle de Soeur St-Philippe-de-Néri, excellente pédagogue qui avait étudié avec Arthur Bernier et qui croyait au talent de son élève, ce dernier prit les bouchées doubles. Après seulement deux ans de travail, il obtint le titre de lauréat en orgue de l'Université Laval. Grâce à une bourse d'études obtenue à la suite de pressions exercées par son professeur auprès du premier ministre Adélard Godbout, à l'époque député du comté de l'Islet, Louis partit pour Québec où il obtint son baccalauréat en 1942. L'année suivante, il commença à étudier l'orgue avec Arthur Bernier, organiste à la paroisse Saint-Jean-Baptiste de Québec: il bénéficia alors du prêt d'honneur. Ensuite, il s'inscrivit au collège de Lévis dans la classe d'orgue de l'abbé Alphonse Tardif dont il fut le dernier élève. Afin de payer ses heures de travail sur les orgues de la faculté de musique de l'Université Laval, il remplaça presque tous les organistes de la ville de Québec, particulièrement durant les retraites paroissiales. L'abbé Tardif l'ayant informé qu'un poste d'organiste était vacant à Wonsocket aux États-Unis, il se rendit sur place. L'évêque de cette époque lui paya même le voyage. Arrivé là-bas, il fut très vite déçu: l'orgue s'avéra être un instrument plus bruyant que musical. Il cherche un poste d'organiste dans la ville de Québec mais «en ce temps-là, un père de famille avait préséance sur un jeune célibataire». C'est pourquoi Louis Dubé accepta de devenir secrétaire à la Cour juvénile, emploi obtenu encore grâce aux relations de Soeur St-Philippe-de-Néri, mais cette fois avec l'aide du préfet de comté. En 1948, un collègue, Marcel Lambert, l'informa qu'on cherchait un organiste à la paroisse St-Zéphirin de La Tuque. Ce ne fut qu'après trois télégrammes de Louis Caron, curé de la paroisse St-Zéphirin, que Louis Dubé se décida à demander une année sabbatique à son patron, le juge Champoux et que, finalement, il déménagea à La Tuque. Dès son arrivée, Louis déclara au curé Caron: «Je ne suis que de passage ici pour un an, je viens travailler du répertoire». Il faut dire qu'une dizaine de musiciens de La Tuque convoitaient ce poste. «Les curés, dans leur sagesse de Salomon, résolvaient le problème en allant chercher un candidat de l'extérieur de la ville. Un candidat qui, autant de possible, détenait un diplôme et qui était aussi capable d'entretenir l'orgue. La Tuque étant située loin des grands centres, il fallait quelqu'un sur place pour accorder l'instrument et pour réparer les cornements qui se produisaient souvent à toutes les semaines», explique Louis Dubé. Mentionnons que l'orgue Casavant des années 1945 installé à La Tuque n'était pas très impressionnant en dépit de ses 40 jeux répartis sur 3 claviers et un orgue de choeur. «Le curé Caron affectionnait particulièrement la son de la Voix humaine, jeu qui se désaccorde si facilement et qui, malheureusement, était placé en avant du buffet. Je devais donc faire l'orang-outang, le chimpanzé pour le remettre d'accord», nous raconte-t-il. Par contre, le salaire hebdomadaire d'organiste liturgique était trois fois supérieur à celui de secrétaire à la Cour juvénile de Québec. Louis Dubé a donc accepté des élèves de piano et d'orgue. Il a eu jusqu'à une vingtaine d'élèves parmi lesquels on peut citer, dans le passé, les noms de Jacques Montgrain, Rachel Martel et plus près de nous, Carole Guérin, Jocelyn Drolet et Sylvie Marcoux qui prépare une maîtrise en piano. Enfin, le climat culturel de cette époque était intéressant, les gens étaient chaleureux et Louis Dubé était grand amateur de chasse et de pêche. Chacun sait que la Haute-Mauricie regorge de lacs et de forêts, c'est pourquoi il s'installa à La Tuque. En 1961, une catastrophe se produisit: l'église fut incendiée et l'orgue s'avéra inutilisable. On loua donc, à Shawinigan, un instrument électronique avec des hauts-parleurs très puissants. «Le premier dimanche où j'ai utilisé cet instrument, j'ai joué trop fort parce que j'avais de la difficulté à contrôler la pédale d'expression...» ironise Dubé. Dans un temple aussi grand, le son était horrible. Il va de soi que les paroissiens détestèrent ce vacarme, habitués qu'ils étaient au son de l'orgue à tuyaux. Louis Dubé a donc profité de ces circonstances pour prendre une année sabbatique. Il alla étudier l'orgue avec l'abbé Antoine Bouchard au collège de Ste-Anne-de-la-Pocatière. Qu'on nous permette de citer ici le témoignage de l'abbé Antoine Bouchard sur cet étudiant âgé de 40 ans: «Je n'ai que de l'admiration pour la volonté de Louis Dubé de ne pas faire de compromis avec la musique». À la suggestion de Louis Dubé, le curé Caron commença à penser sérieusement à l'achat d'un deuxième orgue. Dubé élabora le devis de cet instrument avec l'abbé Antoine Bouchard, Marius Cayouette et Lawrence Phelps, chef harmoniste de la maison Casavant, à laquelle on confia la construction de ce magnifique orgue de style néo-classique français, qui fut inauguré, par l'abbé Bouchard, le 4 mai 1964. Depuis ce temps, cet instrument qui a coûté 59 500$ a été maintes fois entendu à l'émission «Récital d'orgue» de Radio-Canada, notamment dans la série dédiée à Charles Tournemire. Il a été ainsi connu des vingt-cinq pays membres de la francophonie. Il est l'un des instruments les mieux équilibrés qu'on connaisse au Québec dans la catégorie des orgues électro-pneumatiques. Antoine Reboulot a l'habitude de dire «Cet instrument a une âme. Il permet de jouer tout le répertoire, des maîtres anciens jusqu'à ceux d'aujourd'hui». Louis Dubé a aussi animé des ateliers d'orgue pour les enfants et les adultes, ateliers qui ont permis à toute la population de mieux connaître cet instrument. En 1980, il fonde «Les Amis de l'orgue de La Tuque». Ne bénéficiant d'aucune subvention, cette association a pour but non seulement de faire connaître l'orgue et son répertoire, mais aussi d'aider la fabrique pour l'entretien de l'instrument. Deux et même trois fois par année, des concerts solos y ont eu lieu et aussi des concerts avec trompette, voix et choeur. «Je me donnais le plaisir d'écouter l'orgue d'en bas». Mais encore lui faut-il dépenser beaucoup d'énergie pour les organiser. À l'été 1983, il réalise enfin le rêve de sa vie: il enregistre sur l'orgue de l'église Saint-Zéphirin des oeuvres de Jean-Sébastien Bach. Toute une face est consacrée au «Saint-Père des musiciens organistes» comme l'appelle familièrement Louis Dubé. L'autre côté de la cassette permet d'entendre de oeuvres d'Eugène Gigout, César Franck, Charles-Marie-Widor, Max Reger, Jean Langlais et François Couperin. De ce dernier musicien, il choisit de jouer «Soeur Monique»: «en hommage aux Soeurs de l'Assomption qui ont été mes remplaçantes pendant nombre d'années. Quand je joue ces petites notes-là, je vois un jeune soeur qui marche dans le préau en récitant son chapelet», nous confie-t-il. Dimanche, le 31 mai 1987, afin de fêter les 39 années de travail de Louis Dubé à La Tuque, des amis ont pensé lui organiser une «super-fête». Trois organistes de Québec et de Montréal sont venus lui rendre hommage. Lors de ce concert, on a pu entendre des extraits du Livre d'orgue de Montréal et la Toccata, Adagio et Fugue de J.S. Bach joués par Antoine Bouchard, trois mouvements de la première symphonie de Louis Vierne joués par Jacques Boucher et une improvisation d'Antoine Reboulot. Plusieurs centaines de personnes assistaient à ce grand événement. Louis Dubé quittera définitivement La Tuque en juin prochain. «Ite missa est» dit-il... Conclusion Louis Dubé a relevé le défi d'aller vivre de la musique dans une région éloignée des grands centres. Ce musicien haut en couleur a été non seulement un organiste liturgique consciencieux mais aussi un organier, un professeur et accompagnateur au piano et à l'orgue et un animateur de talent. Il lègue, aux générations futures, un magnifique instrument: l'orgue Casavant de l'église Saint-Zéphirin de La Tuque. Mes remerciements à tous ceux qui, de près ou de loin, ont collaboré à cette recherche: Antoine Bouchard, Jacques Boucher, Jocelyn Drolet, Marielle G. Fortin et Antoine Reboulot. |
| La restauration de l'orgue de la Basilique Sainte-Anne-de-Beaupré par Marcel Bertrand |
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Lorsqu'à la fin de 1985, les Pères Rédemptoristes furent mis au courant de l'état de détérioration des cuirs de l'orgue, ils confièrent les travaux de réparation à la maison Orgues Marcel Bertrand Inc. qui en assure l'entretien depuis nombre d'années. L'idée fut alors lancée d'effectuer à cet orgue quelques modifications susceptibles d'en améliorer le rendement. Convaincus de la nécessité de doter la Basilique d'une voix plus adéquate, les autorités et les facteurs d'orgues se sont entendus pour agrandir l'instrument de 39 à 44 jeux et d'en transformer complètement le devis ainsi que les timbres. Si ses dimensions restent modestes et son emplacement discret, c'est que tous les efforts furent dirigés vers l'obtention de sonorités riches et lumineuses propres à fournir aux musiciens une vaste gamme de régistrations colorées. Outre la réharmonisation de presque tous les tuyaux, il a fallu déplacer des sommiers, les modifier, en fabriquer plusieurs autres et diminuer les pressions à tous les claviers. Les facteurs ont porté une attention particulière à l'utilisation maximale du matériel sonore d'origine en le rendant conforme aux exigences du but recherché et en ne lui ajoutant de tuyauterie neuve que ce qui s'est avéré nécessaire. M. Marcel Bertrand et son équipe, fiers du résultat obtenu, sont heureux de pouvoir se joindre humblement, par la voix de cet orgue rénové, à la foule des pèlerins de Sainte-Anne-de-Beaupré
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| Événements | |
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| Discographie | |
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Vierne, Louis
Bonnet, Joseph
Fantasia
Livre d'orgue de Montréal (extraits)
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