Lavancement institutionnel, plus quun simple mal nécessaire*1
Afin de bonifier les stratégies et programmes de la Fondation universitaire de lUniversité du Québec, jai fait, lété dernier et plus récemment (1999) quelques visites dans des universités ontariennes, où lavancement institutionnel (AI) est un secteur important de ladministration. Voici quelques observations que jaimerais proposer aux lecteurs.
Importance de lavancement institutionnel
Dabord développé pour répondre aux besoins financiers des universités qui ont vu seffriter le soutien des gouvernements, lavancement institutionnel était, pour cette raison, perçu comme un " mal nécessaire ", une activité pécuniaire à laquelle les dirigeants se sont prêtés sans gaieté de cur, pour survivre. Toutefois, la réalité ayant évolué, lAI devient de plus en plus une des activités de base de la vie universitaire; il permet et encourage létablissement de liens entre les institutions et les milieux socio-économiques environnants. Ces nouveaux rapports ne sont pas sans effets bénéfiques, à la fois pour luniversité et pour le milieu dans lequel elle sépanouit. Une visite auprès des responsables de lAI de plusieurs universités ontariennes 2 a rendu plus manifeste limportance fondamentale du rapprochement des milieux socio-économiques et des établissements denseignement.
Le monde professionnel a évolué au point où les universités ne peuvent exister ni se développer en vase clos, doù limportance dentretenir des relations avec le monde environnant; parallèlement, les entreprises ne peuvent plus satisfaire aux exigences de la société du savoir (Learning Society) sans lapport des universités. Léclosion dentreprises dans le secteur de lalimentation, à lUniversity of Guelph, en est un exemple frappant; ces " spin off " génèrent plus dun million de dollars de revenus annuels pour cette université. Contrairement à ce que lon pourrait croire à première vue, pareille collaboration nest pas réductrice quant au rôle de luniversité, elle est plutôt la concrétisation du rayonnement de cette dernière dans le monde où elle est insérée.
Cette vision se traduit par des structures universitaires et des comportements organisationnels appropriés :
Enfin, les responsables consultés estiment que les universités et collèges ont atteint un degré élevé de maturité institutionnelle. Plusieurs dentre eux, afin déviter les " guerres " de juridiction 4 entre, dune part, les responsables de lAI et, dautre part, les dirigeants des facultés, ont désigné dans chaque faculté, un responsable de lAI qui relève, à la fois, du doyen de la faculté et du directeur (vice-président) de lAI. Cette façon de faire accroît
Cependant tous les problèmes de coordination ne sont pas nécessairement réglés par ce partage de responsabilités notamment lorsque les universités et collèges affiliés réalisent leurs propres activités dAI.
Par ailleurs, le niveau de générosité des bailleurs de fonds non gouvernementaux est devenu, selon les responsables rencontrés, un indicateur important de la qualité des services offerts par les universités. En effet, les donateurs les plus importants sont les entreprises et institutions qui bénéficient directement des services offerts; ce sont :
De plus, grâce à lappui des grandes entreprises " nationales " dans le domaine des nouvelles technologies, le gouvernement de lOntario a mis sur pied, lan dernier, un programme visant à parfaire une formation jugée déficiente dans ce domaine. Dans le cadre de ce programme, le gouvernement verse aux universités 2 $ pour chaque dollar quelles reçoivent en don, pour créer un fonds de dotation, dont les intérêts serviront à financer un programme de bourses pour faciliter le recrutement détudiants dans ce secteur.
Outre ces constatations générales, cette tournée détude a permis de dégager un certain nombre de stratégies et de pratiques intéressantes :
1 Campagnes de souscription
On distingue deux types de campagne dAI : la campagne annuelle et la campagne majeure (tous les 5 ans). De plus, on pratique la segmentation des donateurs afin de mieux utiliser les ressources disponibles. Par exemple, le télémarketing et le courrier sont utilisés pour les donateurs potentiels susceptibles de faire des petits dons 5, alors que lapproche personnelle, de personne à personne, est utilisée pour les donateurs majeurs et les entreprises nationales. En outre, au moment du déclenchement de la campagne publique, environ 50 % de lobjectif est déjà atteint.
Les bénévoles, tant internes quexternes, ont souvent besoin dêtre encouragés (poussés); cest là un aspect difficile du travail des responsables de lAI, qui doivent obtenir des résultats sans donner limpression de trop talonner les solliciteurs.
2 Contribution des étudiants
Les étudiants contribuent aux campagnes de souscription, quelles soient annuelles ou majeures (tous les 5 ans), une pratique qui impressionne favorablement les donateurs externes, pour qui, ce faisant, la population étudiante " se prend en main ". Normalement, la contribution des étudiants vise des objectifs précis (par exemple, activités sportives et équipement sportif, amélioration des services de bibliothèque, attribution de bourses) et les sommes versées par chaque étudiant sont très élevées (par exemple, 75$ par année pour les étudiants en génie à lUniversity of Waterloo). De plus, la somme est prélevée automatiquement à chaque inscription. Létudiant qui ne désire pas contribuer peut demander que la somme lui soit remboursée. Contribuer à " son " université est devenue " la chose à faire "6 ; peu détudiants demandent que la contribution leur soit remboursée.
La contribution est normalement capitalisée.
Compte tenu de la tradition qui sest développée en Ontario en matière de relations avec les étudiants, limposition de la contribution et lutilisation que luniversité en fera font lobjet dun référendum 7.
Parfois, luniversité német pas de reçu aux fins dimpôt pour ces dons.
3 Relations avec les anciens
On voit poindre, dans les universités, une nouvelle initiative : la sollicitation de la classe de finissants afin, entre autres choses, de créer chez les diplômés une mentalité de donateur 8.
Les anciens constituent un réservoir important de donateurs et de bénévoles qui assistent luniversité dans les campagnes de financement, dans le recrutement détudiants et le placement des finissants et des stagiaires. Les unités administratives chargées dassurer les relations avec ce groupe gèrent des programmes dont les bénéfices servent à leur financement; parmi ces programmes on retrouve :
Des efforts importants sont consacrés à la constitution et à la tenue à jour du fichier des adresses des anciens; par exemple, à la Wilfrid Laurier University, six personnes y travaillent à temps plein (le fichier comprend 100 000 noms). Normalement, les diplômés et les anciens étudiants qui nont pas terminé leurs études sont considérés comme des anciens.
4 Sollicitation des employés
Habituellement la sollicitation se fait de personne à personne; lUniversity of Guelph fait présentement exception à cette règle, mais elle souhaite ladopter prochainement.
Lorsque la demande de fonds vise à combler un besoin du département du donateur, ce dernier est porté à répondre favorablement à la sollicitation.
Un taux de participation des employés de 65 % est considéré assez élevé.
Il nest pas inhabituel que le responsable de lAI sollicite personnellement les employés dont le revenu annuel est de 100 000$, en leur suggérant une contribution minimale de 1 000 $ par année.
5 Relations avec les donateurs
La constitution de cercles de donateurs est une initiative fort importante pour les donateurs majeurs (10 000 $ et plus) de lavis de la plupart des responsables consultés; certains ne partagent pas cet engouement pour les donateurs de moins de 1 000 $. Les membres de ces cercles reçoivent périodiquement de linformation privilégiée sur le développement de leur université; de plus, ils sont invités à une activité sociale annuelle par le président de luniversité; ils reçoivent aussi, parfois, des billets dadmission gratuite pour des activités dans la communauté (dîner-causerie, etc.).
Cest une pratique courante que chaque donateur de plus de 1 000 $ soit jumelé à un employé du service dAI, qui est chargé de maintenir de bonnes relations avec ce donateur, afin de linciter à continuer à contribuer au financement de luniversité.
6 Fonds de dotation
Le rendement escompté ces temps ci pour les fonds de dotation est denviron 5%; parfois, lexcédent est réinvesti pour maintenir la valeur du fonds.
Conclusion
Les universités et collèges québécois francophones ont décidé de relever un défi de taille, en reconnaissant limportance de lAI et en se dotant de services dAI ou de fondations. Pour ce faire, ces institutions ont dû consentir à un changement culturel
11 radical qui les a rapprochées de la culture nord-américaine dominante en matière dAI. Ce virage a été pris, initialement, en réaction à la réduction du financement par lÉtat. En dernière analyse, lAI correspond à une nouvelle dimension de lactivité universitaire, qui vise le rapprochement des partenaires et des intervenants (" stakeholders "), tant internes quexternes et une responsabilité accrue de luniversité en ce qui a trait à son évolution.Documentation
Lensemble de la documentation recueillie
12 peut être consultée au secrétariat de la Fondation universitaire de lUniversité du Québec.
Grant Regalbuto
Documentation
University of Toronto
University of St. Michaels College
Université dOttawa
Wilfrid Laurier University
University of Guelph
University of Waterloo
Notes
Des collègues ont eu lamabilité de commenter une version préliminaire de ce rapport; je les remercie de tout cur leurs commentaires judicieux mont été fort utiles : Mme Jocelyne Côté (révision linguistique), MM. Paul Montminy (spécialiste en fondatique), Martin Ringuette, Claude Létourneau et Pierre Chenard (Université du Québec). retour 1 Institutional Advancement retour
3 University of Guelph : 30 employés; Wilfrid Laurier University : 13 employés; University of Waterloo : 35 employés. retour
4 " turf wars " retour 5 " low level donors " retour 6 " (the thing to do!) " retour 7 Les règles régissant ce genre de consultation ne comportent aucun taux minimal de participation et prévoient que la simple majorité des voies exprimées est suffisante pour déterminer lenjeu. retour 8 " a donor mentality " retour 9 Par exemple, la Banque de Montréal, la compagnie dassurance ManuVie, le groupe Meloche Monnex. retour 10 À titre dillustration, on trouvera en annexe une copie du contrat entre lUniversity of Waterloo et la compagnie Monnex retour 11 " Mind set change " retour 12 Annexe 1 du présent rapport de visites. retour1999/12/03