Étude concernant les pages personnelles sur les serveurs Internet institutionnelles
par Grant Regalbuto, Université du Québec
(14 octobre 1998)La présente étude a été réalisée pour mieux cerner les pratiques en vigueur ailleurs concernant le contrôle institutionnel exercé sur le contenu de ces pages personnelles et, plus globalement, sur le principe de permettre aux membres de la communauté dutiliser les ressources informationnelles à des fins personnelles.
Conclusion
Globalement, les institutions ninterdisent pas lutilisation des ressources à des fins personnelles. Dans la plupart des cas, linstitution se réserve le droit de retirer de ses serveurs les pages renfermant un contenu répréhensible; en outre, aucun contrôle nest exercé a priori, sur le contenu de ces pages personnelles.
Dans la plupart des cas, les mesures prises pour éviter dêtre tenu responsable du contenu des pages personnelles prennent la forme davis par lequel luniversité se dégage de toute responsabilité; ces avis apparaissent sur la page principale de linstitution et parfois sur la page daccueil principale dun site personnel.
Description de la situation
Le questionnaire denquête a été transmis, par courrier électronique :
Les commentaires ont été sollicités sur chacun des cinq points suivants :
La presque totalité des personnes qui ont reçu le questionnaire y ont répondu : au Québec, seules lUQAT, lUQAH et Bishops University nont pas répondu à notre demande; de plus, à la suggestion du responsable à lINRS, le questionnaire a été transmis à chacun des centres de linstitution. Dix universités de lextérieur du Québec ont répondu au questionnaire : une au Canada, une au Royaume-Uni et huit aux États-Unis dAmérique. (annexe 1)
Question # 1 Les membres de la communauté peuvent-ils loger les pages personnelles sur lun ou lautre des serveurs de votre établissement?
Parmi les seize (16) répondants québécois, quatorze institutions permettent aux membres de la communauté de loger des pages personnelles sur les serveurs institutionnels. LÉcole Polytechnique ne le permettra pas, en vertu dun politique en instance dapprobation, tandis quà lInstitut Armand-Frappier il est pratique courante de ne pas le permettre. Enfin, lÉcole des Hautes études commerciales cette possibilité nest offerte, pour le moment, quaux professeurs en raison des ressources restreintes disponibles.
Les dix répondants non québécois permettent à leurs personnels (et étudiants) de loger des pages personnelles sur les serveurs institutionnels.
Question # 2 Votre établissement exercice-t-il un contrôle quelconque sur le contenu de ces pages personnelles?
et
Question # 3 Ces contrôles, le cas échéant, sont-t-ils appliqués avant que les pages soient intégrées au serveur (a priori) ou par la suite (a posteriori)?
Ces deux questions étant liées, les réponses ont dû forcément être analysées ensemble.
Peu dinstitutions ont indiqué quelles exerçaient un contrôle sur le contenu des pages personnelles; toutefois, plusieurs se réservaient le droit de retirer des pages qui ont générés des plaintes ainsi que celles qui ont été signalées aux responsables comme renfermant des contenus ou des propos répréhensibles. En effet, deux des vingt-trois institutions qui permettent de loger les pages personnelles sur serveur ont indiqué quelles exerçaient un contrôle a priori des pages personnelles parce que ces pages ne peuvent être intégrées aux serveurs quavec lautorisation du responsable de lunité administrative de leurs auteurs. Toutefois, il importe de souligner que lautorisation donnée ne signifie pas que le contenu des pages a été approuvé.
Question # 4 Votre établissement a t-il établi des lignes de conduite sur le contenu des pages personnelles logées sur lun ou lautre de ses serveurs?
Quelques institutions, surtout à lextérieur du Québec, ont établi des politiques et règles explicites concernant le contenu des pages personnelles. Dans les autres cas, les auteurs de ces pages sont soumis aux règles et politiques générales qui sappliquent à lensemble des auteurs de pages quelles soient institutionnelles ou pas. Pour lessentiel les institutions indiquent que " en aucun cas, les (ressources de luniversité) ne doivent être utilisées par lusager à des fins commerciales, de publicité ou de promotion dactivités commerciales ou de sollicitation.
1 "Globalement les normes se rapprochent de celles contenu dans lavis développé par les responsables juridiques à la Conférence des recteurs et principaux des universités québécoises (Crépuq) en 1997. Dans certains cas, peu nombreux, linstitution " demande " :
Question # 5 Votre établissement a-t-il pris des mesures pour éviter dêtre tenu responsable du contenu des pages personnelles?
Dans la plupart des cas, les universités indiquent, dans les règles et normes générales relatives à lutilisation des ressources informatiques, quelles ne sont pas responsables du contenu transmis sur les réseaux informatiques. Elles considèrent sans doute que cet énoncé est suffisant pour éviter dêtre tenu responsable du contenu des sites Internet.
Selon certains intervenants aux États-Unis dAmérique (cf. Stanton McCandlish, Electronic Frontier Foundation), luniversité na que très peu dassise juridique pour " contrôler " le contenu des pages personnelles, notamment celles des professeurs. De plus, lexercice dun tel contrôle pourrait être, en soi, contraire à la jurisprudence. Au Canada, la situation juridique pourrait être différente, selon le Conseil national de recherche du Canada; toutefois, la " liberté académique " dont jouissent les membres de la communauté universitaire déconseillerait lexercice dun contrôle a priori sur le contenu des pages personnelles.
Fondamentalement, selon un avis des conseillers juridiques universitaires réunis à la Crépuq, " Elles (les universités) sont à cet égard (fournisseurs de services informatiques) dans la même situation juridique que les bibliothèques, les kiosques à journaux, les librairies et les imprimeurs. Elles nassument pas de responsabilité quant au contenu de linformation véhiculée; cependant, les universités doivent faire preuve de diligence et se doter des moyens leur permettant de retirer les informations portées à leur attention comme étant dommageables ou contraires aux lois applicables ".
De plus, selon un responsable au CNRC, puisque luniversité met déjà des moyens dexpression à la disposition de la communauté sans frais (journaux des étudiants et des employés), il pourrait être contre indiqué pour luniversité dexclure la possibilité de loger des pages personnelles sur les serveurs institutionnels.
Conclusion
La plupart des institutions qui ont répondu à notre questionnaire ninterdisent pas lutilisation des ressources à des fins personnelles; plusieurs lencouragent afin de mettre en valeur les membres de la communauté et de promouvoir lutilisation des nouvelles technologies. Dans la plupart des cas, linstitution se réserve le droit de retirer de ses serveurs les pages renfermant un contenu répréhensible ou à caractère commercial; en outre, aucun contrôle nest exercé a priori, sur le contenu de ces pages personnelles.
Les mesures prises pour éviter dêtre tenu responsable du contenu des pages personnelles prennent la plupart du temps la forme davis par lequel luniversité se dégage de toute responsabilité; ces avis apparaissent sur la page principale de linstitution et quelques fois sur la page daccueil principale dun site personnel.
Enfin la question des pages personnelles logées sur serveurs institutionnels est dactualité; certaines institutions ont entrepris une révision des politiques et pratiques en cette matière. En outre, plusieurs intervenants ont demandé de recevoir les résultats de la présente étude.
On trouvera en annexe un exemplaire du document " Recommandation relative à la protection de lUniversité en raison de lutilisation des services informatiques et de télécommunications ", produit en mai 1997 par la Conférence des recteurs et principaux des universités du Québec.
Liste des institutions qui ont répondu au questionnaire denquête sur les pratiques en vigueur en matière de pages personnelles logées sur serveurs institutionnels
Universités québécoises (16)
Université du Québec à Montréal
Université du Québec à Trois-Rivières
Université du Québec à Chicoutimi
Université du Québec à Rimouski
École nationale dadministration publique
École de technologie supérieure
Institut national de la recherche scientifique
Institut Armand-Frappier
Télé-université
Université Laval
Université de Sherbrooke
Université de Montréal
École des Hautes études commerciales
École Polytechnique de Montréal
McGill University
Concordia University
Universités des États-Unis dAmérique (8)
Autres universités (2)
Mohawk College, Ontario
Anglia University, Royaume-Uni
Autres intervenants (3)
Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec
Electronic Frontier Foundation (aux États-Unis dAmérique), Stanton McCandish, Program Director
Conseil national de recherche du Canada, Walter Roberson, System Administrator
Recommandation relative à la protection de lUniversité en raison
de lutilisation des services informatiques et de télécommunications 2
Les universités mettent à la disposition de leur communauté des services informatiques et de télécommunication qui constituent de nouveaux moyens de communication. Lutilisation croissante de ces nouveaux moyens et la volonté des universités de sassurer quelles peuvent cautionner les utilisations qui en sont faites nous amènent à revoir les dispositions réglementaires régissant lutilisation de ces services.
Cette révision tient compte dune préoccupation fondamentalement juridique. En effet, lanalyse de la responsabilité des universités en tant que propriétaires et gestionnaires de serveurs informatiques conduit à assimiler les universités à des distributeurs dinformation. Elles sont à cet égard dans la même situation juridique que les bibliothèques, les kiosques à journaux, les librairies et les imprimeurs. Elles nassument pas de responsabilité quant au contenu de linformation véhiculée; cependant, les universités doivent faire preuve de diligence et se doter des moyens leur permettant de retirer les informations portées à leur attention comme étant dommageables ou contraires aux lois applicables.
Le principal obstacle que peuvent rencontrer les universités dans lexécution de cette obligation est la croyance généralisée que lutilisation de la messagerie individuelle est confidentielle. Une atteinte à cette prétendue confidentialité, par suite de lexécution pure et simple par lUniversité de ses obligations, pourrait être perçue comme une atteinte aux droits à la vie privée de lusager. Les recommandations qui suivent tiennent compte de ce contexte et de la conclusion de la Commission daccès à linformation qui écrivait en mars 1997
3 que la surveillance des boîtes postales du courrier électronique pouvait être légitime, mais que les usagers doivent être informés des motifs et des conditions de son exercice.Le contenu de la réglementation
En tenant compte de ce qui précède, la réglementation universitaire régissant lutilisation des services informatiques et de télécommunication devrait contenir des dispositions prévoyant ce qui suit :
Recommandation
De plus, nous recommandons que les services informatiques et de télécommunication entame une campagne de sensibilisation des usagers afin que ceux-ci soient avertis quadvenant le cas où une infraction est dénoncée à lUniversité, le responsable des services informatiques et de télécommunication pourrait avoir accès à la messagerie personnelle de lusager, quel que soit le statut de lusager. Il sagit essentiellement de reprendre la teneur du paragraphe 11 ci-dessus. Cet avertissement, qui mériterait dêtre répété dans les différents médias dinformation de lUniversité, pourrait également apparaître, de temps à autre, à lécran de lusager. Cette sensibilisation, par ailleurs conforme aux directives de la Commission daccès à linformation, permettra à lUniversité dexécuter les obligations qui reposent sur elle en raison de la propriété des équipements informatiques qui seraient à l'origine d'une contravention aux lois.
Notes
1 Ce libellé est celui des conseillers juridiques de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec dans le document " Recommandation relative à la protection de lUniversité en raison de lutilisation des services informatiques et de télécommunications ", mai 1997; toutefois, il reflète ce qui est prévu ailleurs. retour 2 Produit par le Sous-comité des conseillers juridiques et présentée au Comité des secrétaires généraux, le 23 mai 1997. retour 3 COMMISSION DACCÈS À LINFORMATION, "Le courrier électronique " dans Contact, info-conseils sur la confidentialité des renseignements personnels, mars 1997. retour