Document de réflexion

Regroupement des conférences Saint-Vincent-de-Paul

à la suite de regroupement de paroisse 1

par Grant Regalbuto

État de la question

Les mouvements laïques de l’Église subissent les conséquences de la baisse de la pratique religieuse prise dans son sens le plus traditionnel. La Société Saint-Vincent-de-Paul n’échappe pas à ce phénomène.

Plusieurs diocèses doivent restructurer l’organisation pastorale pour pouvoir répondre aux besoins avec un effectif sacerdotal réduit. Dans le diocèse de Québec, plusieurs paroisses ont été regroupées selon divers modèles : des paroisses ont été regroupées perdant leur personnalité juridique au profit d’une nouvelle entité, d’autres paroisses sont desservies par une même équipe pastorale. Il semble que ce dernier modèle ne soit qu’une étape dans un processus conduisant inéluctablement vers le premier.

Récemment, trois nouvelles entités ont été créées dans le quartier Limoilou et une nouvelle entité sera créée à Sainte-Foy pour répondre aux besoins de 4 paroisses qui, sur le plan juridique, cesseront d’exister. Dans ces cas, les lieu de cultes des anciennes paroisses continuent à être utilisés à des fins de culte mais pour combien de temps ? Car les immeubles sont souvent vétustes et demandent des réparations et un entretien régulier coûteux.

Ces regroupements ont un impact sur l’organisation des conférences de la Saint-Vincent-de-Paul, car chacune est en pratique reliée à une paroisse.

Comment réagissent les diverses conférences au regroupement de leurs paroisses ? Est-il nécessaire que ces conférences se regroupent ? Y a-t-il des facteurs externes qui favorisent le regroupement des conférences ? Voilà les questions qu’il faut aborder à la suite de la décision prise par le diocèse de Québec de regrouper des paroisses.

Description de la situation

Le diocèse de Québec a décidé que les 4 paroisses de Sainte-Foy présentement desservies par une même équipe pastorale (Saint-Denys, Saint-Mathieu, Sainte-Geneviève et Notre-Dame-de-Foy) seront regroupées pour former une nouvelle paroisse avant la fin de 1999.

Les cinq conférences suivantes sont rattachées à ces paroisses :

Paroisse

Date de fondation

Date d’agrégation

Bénévoles (1997)

Notre-Dame-de-Foy

1941-12-08

1954-02-22

16

Notre-Dame Auxiliatrice

inconnue

1958-04-16

Sainte-Geneviève

1960-12-08

1978-02-20

11

Saint- Mathieu

1986-06-10

1987-11-16

17

Saint-Denys

1995-04-04

1996-10-14

15

Ce regroupement signifie-t-il que ces conférences doivent également se regrouper ?

En guise de remarque préliminaire, il importe de se rappeler la mission fondamentale de la Société et le moyen qu’elle privilégie pour réaliser cette mission.

Mission

La société a été créée pour venir en aide aux défavorisés ; c’est sa mission unique !

Cette mission doit, de plus, être comprise et pratiquée selon la spiritualié que ses fondateurs lui ont insufflés car il s’agit d’un mouvement catholique laïque. Son action se réalise dans un esprit de charité et de désintéressement sans égards à l’origine, au sexe, à l’âge, à la croyance, etc. du demandeur et sans tenir compte des circonstances qui l’ont conduit à cet état, et sans porter de jugement de valeur sur sa responsabilité dans ce cheminement. Il s’agit de l’aider !

La Règle de la Société Saint-Vincent-de-Paul établit des normes générales devant guider ceux et celles qui souhaitent que leurs actions auprès des démunis se réalisent dans ce contexte et qui désirent s’identifier au mouvement.

Moyens d’action

Le premier moyen privilégié pour réaliser cette mission consiste, il va sans dire, à venir en aide aux défavorisés dans leur milieu – là où ils se trouvent -, en faisant appel aux ressources du milieu. Ainsi, la Règle stipule qu’une conférence, l’unité de base du mouvement, peut être associée à un quartier de la ville, à un lieu de travail, etc. 2 . Historiquement, la paroisse constituait le lieu d’appartenance par excellence des Québécois. Il s’ensuivit que les conférences étaient et, dans une large mesure, demeurent liées à la paroisse. On retrouve ce modèle encore dans la plupart des sociétés occidentales. Évidemment, ceci n’exclut pas que, dans une paroisse, on puisse trouver une conférence pour les hommes et une autre pour les femmes.

Regroupement

La discussion sur le regroupement des conférences est, dans son essence, une réflexion sur les moyens d’action et non sur la mission même de l’œuvre.

Ces structures s’inspiraient de l’organisation sociale en place au moment où la Société s’implantait. Or, la société environnante a évolué ; la paroisse n’est plus le lieu de rassemblement habituel. On croyait que les promoteurs de la Société avaient prévu le coup car la Règle n’impose pas qu’une conférence soit rattachée à une paroisse. La Société s’est donnée une structure organisationnelle complètement différente de celle de l’Église. Les conférences sont regroupées sur une base sous-régionale pour former un conseil particulier ; ces derniers forment sur une base régionale un Conseil central ; un Conseil national regroupe les Conseils centraux d’un même pays, tandis que le Conseil général (à Paris) est formé de l’ensemble des Conseils nationaux.

Les liens avec l’Église s’établissent et se nouent à chacun des paliers de cette structure. D’ailleurs, la Règle comprend les énoncés suivants :

Le président (de la Conférence) doit s’efforcer de maintenir la bonne entente entre la Conférence et le clergé de la paroisse. 3 "

" … Il est suggéré de présenter périodiquement un rapport (financier) à la Conférence ou au Conseil, de même qu’aux paroissiales (sic) qui peuvent alors en informer les donateurs. 4 "

" Les biens confiés à la Société deviennent sa propriété pour le service des défavorisés et non pour les œuvres paroissiales ou diocésaines. 5 "

On peut conclure de cette analyse que la Règle n’impose pas qu’une conférence soit rattachée à une paroisse ou qu’elle s’y associe mais elle ne l’interdit pas.

Advenant le regroupement de paroisses, comme celui prévu à Sainte-Foy et comme ceux qui ont été réalisés à Limoilou, est-il essentiel que les conférences de ses paroisses se regroupent également ? La Règle ne prévoit pas explicitement cette éventualité. Elle ne parle que des fusions de conférences pour les hommes et des conférences pour les femmes 6 . Pour répondre à cette question on peut s’appuyer sur le moyen que privilégie la Société pour réaliser son œuvre : être le plus près possible de ceux et de celles dans le besoin et faire appel aux ressources du milieu. De plus, la prise de décision pourrait s’inspirer de ce que la Règle prévoit dans le cas précité.

Il semble, de ce qui précède, que le regroupement des conférences devra découler de la volonté éclairée des vincentiens et vincentiennes des conférences concernées. D’ailleurs, la Règle pour le Canada stipule ce qui suit, en commentaire à l’article 3 : " Il est important de se rappeler que de telles fusions (de conférences masculine et féminine) doivent se faire sans aucune pression de part et d’autre et sans l’influence de quelque Conseil que ce soit, Particulier, Central ou National. "

Regroupement à Limoilou

Dans le cas des regroupements des paroisses dans le quartier Limoilou (3 paroisses issues du regroupement de 11 paroisses), aucune des 12 conférences 7 concernées 8  n’a manifesté, jusqu’à ce jour, le désir de s’unir, malgré les efforts des autorités ecclésiastiques concernées et du Conseil central de Québec. On dénombre aujourd’hui autant de conférences qu’il y en avait avant le regroupement des paroisses.

Les dirigeants du Conseil central de Québec privilégient, semble-t-il, dans ce contexte le regroupement des conférences pour constituer des mégaconférences associées aux nouvelles paroisses. Ces mégaconférences sont plus susceptibles de répondre adéquatement aux besoins grandissants des milieux concernés, car les ressources des "petites " conférences ne suffissent pas, comme en témoigne l’émergence d’œuvres vincentiennes avec des assises territoriales plus larges et qui ne sont rattachés à aucune paroisse.

Il convient d’ajouter un autre élément dans la réflexion ; le mode de fonctionnement et la culture organisationnelle des conférences de quartier ne sont pas toujours propices à la concertation et à la solidarité ; parfois les bénévoles s’approprient l’œuvre et considèrent les démunis comme "leurs démunis ". Le Centre Louise-de Marillac, à Sainte-Foy, est un exemple éclatant de ce que peuvent faire des conférences dont les actions débordent leurs quartiers. Le regroupement administratif des conférences, avec des points de service dans les quartiers, pourrait favoriser la rupture de ces barrières et pourrait également favoriser l’augmentation du nombre de bénévoles qui souhaitent intervenir en s’identifiant à la Saint-Vincent-de-Paul. Ce contexte peut justifier un regroupement mais on ne peut invoquer le premier pour imposer le second.

Facteurs externes

Les deux éléments suivants, externes au mouvement, doivent être considérés dans la réflexion sur le regroupement de conférences à la suite de la fusion des paroisses auxquelles elles étaient rattachées : le soutien offert par la fabrique de la paroisse et la fiscalité.

Soutien de la Fabrique

L’appui de la fabrique à la Saint-Vincent-de-Paul constitue un des éléments externes les plus importants à la réalisation de ses objectifs. Cette aide prend plusieurs formes :

Cet apport est non négligeable et, si la nouvelle paroisse n’est pas en mesure de fournir cette assistance à une ou plusieurs des conférences rattachées aux anciennes paroisses, celles-ci pourraient éprouver beaucoup de difficulté à réaliser efficacement leurs objectifs. Il se peut qu’elles doivent consacrer une proportion importante de leurs maigres ressources pour combler cette lacune. La mise en commun peut offrir une solution peu coûteuse à ce problème.

Fiscalité

La fiscalité constitue le deuxième facteur externe le plus important pouvant intervenir dans la réflexion sur le regroupement des conférences.

Les paroissiens et les autres bienfaiteurs de la Société peuvent profiter d’un certain allégement fiscal pour les dons qu’ils font. Bien que les donateurs ne donnent pas parce qu’ils profitent de cet allégement, les spécialistes en philanthropie indiquent que l’allégement peut faire en sorte qu’ils donnent plus.

Selon la fiscalité, on peut se prévaloir de cet avantage fiscal pour les seuls dons authentifiés par un reçu aux fins d’impôt, émis par un organisme de bienfaisance reconnu par les ministères du Revenu du Canada et du Québec. Ces organismes de bienfaisance doivent en contrepartie se donner les moyens pour rendre compte aux gouvernements des sommes reçues et de leur utilisation (règle du 80%). Cette exigence impose un fardeau administratif important aux "petites " conférences. Le regroupement des conférences peut alléger le fardeau que chacune assume.

Au cours des années le mouvement dans la région de Québec a fait preuve de créativité dans les façons de répondre aux exigences gouvernementales ; les dons à la Saint-Vincent-de-Paul sont versés à un organisme de bienfaisance reconnu qui possède l’expertise requise pour répondre adéquatement aux exigences administratives des gouvernements. Les dons transigent soit par la fabrique de la paroisse ou par le Conseil central de Québec qui, dans les deux cas, sont des organismes reconnus et qui émettent déjà des reçus aux fins d’impôt.

De plus, les conférences peuvent demander d’être reconnues comme organismes de bienfaisance ; une fois qu’elles sont reconnues, elles peuvent émettre des reçus aux fins de l’impôt. Les gouvernements ont convenu d’accorder ce statut à toutes les conférences qui en font la demande et qui sont recommandées par le Conseil national de la Société (instance canadienne suprême du mouvement).

L’obligation de rendre compte peut, en raison des mécanismes à mettre en place pour s’y conformer, justifier le regroupement administratif de conférences ; mais elle ne peut, à elle seule, justifier son imposition par des instances vincentiennes supérieures. Il y a une nouvelle donne dans le dossier de la reddition des comptes : les rapports financiers des conférences du Conseil central de Québec devront, selon les dirigeants du Conseil, à compter de l’an prochain, faire l’objet d’une vérification externe à l’instar des autres conférences canadiennes et québécoises. Cet exercice touchera à la fois les comptes courants et les placements qui ne sont pas présentement inclus dans les rapports financiers transmis par les conférences au Conseil central.

Conclusion

Les conférences sont, comme mentionné précédemment, les unités de base du mouvement. L’analyse de la situation et de la Règle ne permet pas de conclure au regroupement obligatoire des conférences rattachées à des paroisses qui sont, elles, regroupées en une nouvelle entité juridique. Seuls les membres des conférences peuvent décider de se regrouper. De tels regroupements peuvent être souhaitables pour plusieurs raisons (mieux répondre aux besoins des démunis, réduire le fardeau administratif, etc.). Toutefois, il revient aux vincentiens et vincentiennes qui s’en font les promoteurs et aux instances supérieures du mouvement de favoriser ces regroupements, en expliquant les avantages que la mise en commun peut procurer aux défavorisés, car on doit surtout penser à la valeur ajoutée que pourrait procurer aux pauvres cette mise en commun.

En dernière analyse, seules des "raisons graves " peuvent justifier, selon la Règle, la dissolution d’une conférence 9 et le regroupement de paroisses ne constitue pas en soi une "raison grave ". Il semble, par ailleurs, que la Corporation du Conseil central de Québec peut, pour un motif sérieux et en vertu de son incorporation et de ses règlements, suspendre ou dissoudre une conférence qui aurait été agréée par le Conseil général de la Société (à Paris). En demandant son agrégation, une conférence accepte de se conformer à la Règle et aux décisions des différentes instances officielles du mouvement, Conseil central de Québec, Conseil national, etc. Au cours des années, le CCQ s’est vu obligé d’exercer ce recours dans un nombre très restreint cas pour garantir la crédibilité de la Saint-Vincent-de-Paul.


Notes

1 L’auteur remercie les personnes suivantes pour les renseignements qu’elles ont si aimablement fournis et leurs commentaires et avis si judicieux : les curés des trois paroisses regroupées de Limoilou, MM. Raymond Auger, Michel Fournier et Jacques Saint-Michel, et M. Gilles Huot du Conseil central de Québec de la Société Saint-Vincent-de-Paul. retour

2 L’article 2 de la Règle de la Société de Saint-Vincent-de-Paul du Canada (1977) précise que "l’unité de base de la Société … est la Conférence qui peut avoir pour siège une paroisse, un quartier, une école, un atelier, une usine, une entreprise, etc. " retour

3 Schéma II, Règle de la Société de Saint-Vincent-de-Paul du Canada, commentaires sur l’article 3. retour

4 ibid. retour

5 Schéma I, Règle de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, Principes fondamentaux de la Société, commentaires sur l’article 1. retour

6 Schéma II, Règle de la Société de Saint-Vincent-de-Paul du Canada, commentaires sur l’article 3 : " Advenant le cas d’une fusion de conférences, masculine et féminine, on pourrait procéder de la façon suivante : Les membres des deux conférences choisissent le vocable sous lequel la conférence mixte sera désormais identifiée et le Conseil auquel elle désire être rattachée(masculine ou féminine). On préviendra de ce choix les deux conseils auxquels les conférences étaient respectivement reliés avant la fusion. " retour

7 Une paroisse est sans conférence tandis que deux autres paroisses ont chacune deux conférences, une pour les hommes et une pour les femmes. retour

8 cf. annexe 1  

9 Schéma III, Règlement du Conseil général ; article 3 : " Pour des raisons graves, le Conseil général peut dissoudre une conférence. … Il appartient au Conseil …(national) de prendre toute disposition en accord avec le Conseil général, pour mettre en œuvre cette décision et assurer le (sic) dévolution des biens et des archives de l’organisme dissous. " retour

10 Sources : information fournie par les curés des nouvelles paroisses et par le Conseil central de Québec de la Société Saint-Vincent-de-Paul. retour


Annexe

 

Regroupement des paroisses dans le quartier Limoilou de Québec 10

 

 

 

Nouvelle paroisse

 

 

 

Anciennes paroisses

 

 

Émission de reçus aux fins d’impôt

 

 

Conférences

 

 

Bénévoles (1997)

Émis par la conférence en vertu d’une entente avec le Conseil national du Canada

Émis soient par le Conseil central de Québec de la Société ou par la fabrique de la paroisse concernée

Notre-Dame-de-Roc-Amadour (juin 1998)
Saint-Fidèle Rés. des Prêtres

x

Fusionnée avec la conférence Saint-Charles

5

Saint-Charles

x

10

Saint-Esprit

x

Conférence pour homme

5

Conférence pour femmes

6

Saint-François-d’Assise

x

6

Stadacona

x

pas de conférence
Sainte-Marguérite-Bourgeois (1997)
Saint-Albert-le-Grand

x

20

Sainte-Odile

x

23

Saint-Paul-Apôtre

x

6

Sainte-Claire-d’Assise

x

7

Bienheureux-Saint-François-de-Laval
Saint Pie X

x

7

Saint-Pascal-de-Maizerets

x

Conférence pour homme

14

Conférence pour femmes

11

Préparé le 26 novembre 1998  retour